Une organisation écologiste a engagé une nouvelle procédure judiciaire contre le géant pétrolier britannique, l’enjoignant de cesser tout investissement dans de nouveaux projets fossiles.
« Shell doit cesser de mettre en production de nouveaux gisements de pétrole et de gaz. Cela est nécessaire pour nous protéger de ses activités qui perturbent le climat. » Dans une assignation déposée mardi 21 avril contre le groupe aux Pays‑Bas, la branche néerlandaise de Friends of the Earth affiche clairement ses exigences.
Pour Les Amis de la Terre Pays‑Bas (Milieudefensie), la major britannique, cotée à Amsterdam, ne peut plus continuer à investir dans de nouveaux projets fossiles alors que ses émissions contribuent toujours massivement au dérèglement climatique.
Le péril est d’autant plus grand que le réchauffement s’intensifie, tandis que les acteurs des hydrocarbures profitent des turbulences géopolitiques pour réaffirmer leur appétit pour ces énergies polluantes.
Ainsi depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a provoqué une flambée des prix des hydrocarbures, Shell a engrangé des profits considérables.
Une stratégie fossile assumée
Plutôt que de réinvestir ces bénéfices dans une accélération de la transition, le groupe a pris la direction inverse, en réduisant la voilure dans les renouvelables et en assouplissant plusieurs de ses objectifs climatiques.
La baisse de l’intensité carbone nette de l’énergie qu’il vend est désormais visée entre –15% et –20% d’ici 2030 (par rapport à 2016), contre une cible précédente de –20%. Shell a en outre purement et simplement retiré son objectif de –45% d’intensité carbone nette en 2035, invoquant « l’incertitude quant au rythme de la transition énergétique ».
Le groupe s’est parallèlement fixé une croissance annuelle de 4 à 5% de ses ventes de GNL sur les cinq prochaines années et insiste sur le maintien d’une production pétrolière « significative » au‑delà de 2030.
Des choix qui vont à rebours des avertissements de nombreux experts climatiques, pour qui l’horizon 2030–2035 constitue un point de bascule critique pour la trajectoire de réchauffement planétaire.
Un passif judiciaire toujours en suspens
En 2021, la justice néerlandaise avait reconnu que Shell avait une responsabilité légale de réduire ses émissions de gaz à effet de serre et de contribuer à la protection des populations face aux effets du changement climatique.
Cette décision, partiellement annulée en appel en 2024, a néanmoins confirmé l’existence d’un devoir de vigilance climatique pesant sur l’entreprise, même si l’injonction de réduction chiffrée a été écartée.
C’est sur cet héritage judiciaire, aujourd’hui porté devant la Cour suprême, que la nouvelle offensive entend capitaliser en ciblant cette fois la stratégie d’investissements en amont.
La compagnie estime que ses détracteurs ignorent la réalité de la dépendance mondiale aux combustibles fossiles. Elle présente ainsi sa stratégie de développement comme une nécessité plutôt que comme un choix d’entreprise contraire à l’intérêt général.
