Australie : 3M impliquée dans un scandale aux polluants éternels

Le gouvernement australien a lancé la plus grande action en justice de son histoire contre le géant chimique américain, accusé d’avoir contaminé le pays aux PFAS.

Le gouvernement fédéral australien a lancé, jeudi 28 mai, une action en justice contre le groupe américain 3M, lui réclamant près de deux milliards de dollars australiens de dommages et intérêts. Il s’agit de la plus importante procédure de ce type jamais engagée par l’État.

Au cœur du dossier : une mousse anti-incendie — appelée AFFF (Aqueous Film Forming Foam) — contenant des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS), souvent qualifiées de « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement.

Ce produit a été utilisé entre 1980 et les années 2000 sur au moins 28 bases militaires à travers le pays, ainsi que dans des aéroports, exposant potentiellement des milliers de militaires, de riverains et d’écosystèmes à une contamination durable.

Une dissimulation présumée, selon Canberra

D’après la procureure générale Michelle Rowland, 3M ne se serait pas contentée de manquer à ses obligations d’information, l’entreprise aurait sciemment dissimulé les résultats de tests internes mettant en évidence des effets environnementaux nocifs liés à l’utilisation de cette mousse.

Plus grave : le groupe aurait parallèlement présenté ce produit comme biodégradable, non toxique et sans danger pour l’environnement, y compris dans les conditions d’élimination recommandées. Pour les autorités australiennes, ces accusations sont d’autant plus graves que la pollution s’étend à l’échelle nationale.

De Williamtown, sur la côte est, à Bullsbrook, à l’ouest, en passant par Katherine, dans le Territoire du Nord, les PFAS ont laissé des traces sur une large partie du territoire australien. « Nous sommes toujours dans une zone contaminée de 25 kilomètres carrés », témoigne un habitant de Wagga Wagga, interrogé par la chaîne ABC News.

Des substances associées à des pathologies graves

Les effets sanitaires, documentés par plusieurs études scientifiques, incluent des atteintes hépatiques, des cancers testiculaires, ainsi que des troubles hormonaux et immunitaires.

Des actions collectives avaient déjà été engagées et réglées concernant les zones autour des bases militaires et les communautés vivant sur des terres fédérales. Cette nouvelle procédure, d’un montant de deux milliards, vise spécifiquement à couvrir les coûts supportés par l’État pour les opérations de dépollution et les investigations sur l’ampleur de la contamination.

« Nous affrontons 3M au nom du peuple australien et des Australiens concernés », a déclaré le ministre adjoint de la Défense, Peter Khalil, cité par Reuters. De son côté, 3M affirme n’avoir jamais fabriqué de PFAS sur le sol australien, et avoir cessé d’y commercialiser les produits en cause il y a environ deux décennies.

L’entreprise souligne également que, malgré cet arrêt, le ministère australien de la Défense a continué à utiliser des mousses contenant ces substances pendant près de deux décennies supplémentaires.

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