El Niño imminent, l’ONU en état d’urgence

Le phénomène climatique du Pacifique approche avec une quasi-certitude, et ses effets pourraient dépasser tout ce que le monde a connu jusqu’ici, d’après une alerte de l’organisation des Nations unies.

Cette fois, il ne s’agit plus seulement d’une hypothèse, mais d’une quasi-certitude. « El Niño est à nos portes », a déclaré le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, mardi 2 juin, relayant l’alerte de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

Dans sa dernière mise à jour, l’OMM estime en effet à 80% la probabilité de voir ce phénomène climatique — lié au réchauffement des eaux de surface du Pacifique équatorial — se développer entre juin et août, avec des chances proches, voire supérieures à 90%, qu’il se prolonge au moins jusqu’en novembre.

Ce cycle survient en moyenne tous les deux à sept ans et dure généralement entre neuf et douze mois. Mais, sous l’effet du changement climatique d’origine humaine, ses manifestations prennent désormais une ampleur inédite.

« La science est claire », a insisté le chef de l’ONU, estimant qu’El Niño va « ajouter du carburant à un monde déjà en surchauffe ». Ses effets, a-t-il averti, « seront plus intenses, plus étendus et se propageront à un rythme dévastateur ».

Un facteur aggravant pour la santé et l’alimentation mondiales

Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il agit comme un amplificateur thermique à l’échelle planétaire. L’année 2024 a ainsi été la plus chaude jamais enregistrée, sous l’effet combiné du puissant épisode El Niño 2023-2024 et du réchauffement global.

Les autorités sanitaires redoutent une hausse des pathologies liées aux fortes chaleurs, une expansion des maladies à transmission vectorielle — telles que la dengue, le paludisme ou le chikungunya — ainsi qu’une pression accrue sur les ressources alimentaires et en eau dans des zones déjà vulnérables.

Pour l’Afrique et d’autres régions en première ligne face aux dérèglements climatiques, l’alerte revêt une acuité particulière. Au nord du continent, des températures supérieures aux normales saisonnières pourraient accentuer les canicules, le stress hydrique et les risques d’incendies.

Le temps de l’urgence absolue

Dans le Maghreb, où les sécheresses récentes ont fortement affecté l’agriculture, un nouvel épisode chaud pourrait accentuer la pression sur les barrages et les nappes phréatiques. Toutefois, les experts du centre régional AGRHYMET, dans une note technique publiée le 31 mai 2026, appellent à la prudence face aux scénarios les plus alarmistes.

Selon eux, « la présence d’un El Niño intense en 2026 ne signifie pas automatiquement une saison déficitaire sur l’ensemble du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest ». Face à ces perspectives, les institutions internationales plaident pour une approche anticipative plutôt que réactive.

D’autant que, selon l’OMM, les États africains disposent aujourd’hui d’outils de prévision bien plus performants qu’il y a deux décennies. Le défi réside désormais dans la diffusion efficace de ces alertes jusqu’aux communautés locales et aux services de santé, car entre un bulletin météorologique et une récolte compromise, le délai d’action reste souvent très court.

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