Le Net Zero britannique en turbulences au Parlement

Le gouvernement travailliste veut engager la Grande-Bretagne sur l’un des objectifs climatiques les plus contraignants au monde, dans un contexte économique et politique explosif.

Ed Miliband, secrétaire d’État britannique à l’Énergie, à la Sécurité énergétique et au Net Zero, appelle le Royaume-Uni à s’engager dans un objectif légal de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 87% d’ici 2040, par rapport aux niveaux de 1990.

L’annonce, faite mardi 2 juin devant le Parlement, s’inscrit dans le cadre du septième budget carbone (2038-2042), un dispositif central du Climate Change Act de 2008, texte fondateur de la politique climatique britannique. Celui-ci impose au gouvernement de fixer des plafonds d’émissions sur des périodes de cinq ans, selon un calendrier précis.

Chaque budget détermine ainsi le volume maximal de gaz à effet de serre que le pays peut émettre sur une période donnée. L’objectif est de baliser la trajectoire vers la neutralité carbone à l’horizon 2050.

« Certains préfèrent se voiler la face et laisser nos enfants faire face aux conséquences du dérèglement climatique, mais ce gouvernement croit en la valeur britannique intemporelle de protéger notre pays pour les générations à venir », a notamment tancé Miliband, dans une atmosphère particulièrement tendue.

Le choc des convictions

Selon le Climate Change Committee (CCC) — organisme indépendant à l’origine de cette recommandation — atteindre cet objectif suppose de remplacer les chaudières à gaz par des pompes à chaleur, d’accélérer le passage aux véhicules électriques et de réduire la consommation de viande d’environ un quart ainsi que celle de produits laitiers d’un cinquième.

Pour appuyer cette orientation, le ministre évoque ce qu’il qualifie de « deuxième choc fossile de la décennie », en référence aux tensions actuelles entre les États-Unis et l’Iran — après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 — qui entraînent une nouvelle hausse des prix du gaz importé. Une situation qui pèse à la fois sur les factures des ménages et sur les finances publiques.

Réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés, argue-t-il, c’est acheter de la résilience économique. Mais l’opposition ne l’entend pas de cette oreille. Richard Tice, porte-parole de Reform UK sur l’énergie affirme ainsi que le gaz américain est 80 % moins cher qu’au Royaume-Uni.

Un vote parlementaire très attendu

Il appelle à l’octroi rapide de licences d’exploitation pour les champs de Jackdaw, Rosebank et d’autres sites en mer du Nord. De son côté, Robert Jenrick, figure montante du Parti conservateur, a multiplié les critiques directes contre le ministre, remettant en cause la cohérence à la fois morale et technique de la stratégie gouvernementale.

« Le fait que, dans les derniers jours de ce gouvernement travailliste, ils tentent d’imposer un nouvel objectif de zéro émission nette qui nous affaiblira, nous appauvrira et fera encore augmenter les factures d’énergie montre qu’ils ne mettent pas l’intérêt national en premier », a déclaré pour sa part, Claire Coutinho, secrétaire à l’Énergie du cabinet fantôme.

Autant de tensions qui illustrent l’érosion du consensus observé lors de l’adoption du précédent budget en 2021, alors que ce nouveau cadre doit être soumis au vote avant la fin du mois.

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