Le pays dispose désormais d’une raffinerie qui traite le dioxyde de carbone afin de le transformer en produits utilitaires, grâce à un procédé inspiré de celui de la Terre.
L’Australie a officiellement mis en service, mercredi 17 juin, sa première usine de traitement du carbone. L’infrastructure, baptisée Myrtle et située sur l’île de Kurigang, en Nouvelle‑Galles du Sud, propose une nouvelle façon de considérer les gaz à effet de serre, autrement que comme une simple nuisance pour l’environnement.
Le principe, inédit dans son application industrielle, consiste, selon l’entreprise à l’origine du projet, MCI Carbon, à capturer les émissions de CO2 issues des opérations de production d’ammoniac du fabricant d’explosifs Orica, puis à les transformer, en l’espace de trois heures seulement, en produits manufacturés tels que le béton, le papier ou le verre.
« La technologie de MCI Carbon repose sur ce qu’on appelle la carbonatation minérale. C’est le processus naturel de la Terre pour extraire le CO2 de l’atmosphère et le stocker dans la roche », a expliqué le PDG et cofondateur Marcus Dawe, cité par Reuters, lors de l’inauguration.
Une technologie qui rompt avec le stockage souterrain
L’entreprise a donc réussi à reproduire ce mécanisme en le compressant à l’échelle industrielle, ramenant à quelques heures un phénomène qui prenait autrefois des millénaires. Les matériaux solides obtenus sont ensuite intégrés à l’économie circulaire.
L’usine, présentée comme une installation de démonstration, dispose d’une capacité de traitement pouvant atteindre 2 500 tonnes métriques de dioxyde de carbone par an et génère environ 10 000 tonnes de produits solides valorisables.
Ce volume reste modeste à l’échelle des émissions nationales de CO2, estimées à environ 400 millions de tonnes par an. Le pays a réduit ses émissions de 9 millions de tonnes l’an dernier, la baisse la plus importante observée hors période Covid.
Un potentiel pour les secteurs difficiles à décarboner
« Cela aidera les émetteurs à se décarboner, tout en réalisant des bénéfices », insiste toutefois le ministre australien de l’Énergie et du Changement climatique, Chris Bowen. En effet, certains secteurs ne peuvent pas se contenter de réduire leurs émissions, ils doivent aussi capter une partie du carbone déjà produit.
C’est précisément le créneau que la technologie de carbonatation minérale entend occuper, en offrant aux industriels une voie de décarbonation qui reste rentable plutôt que purement contraignante.
Les porteurs du projet souhaitent répliquer le modèle de Myrtle ailleurs dans le monde, à proximité d’émetteurs industriels similaires, avec une attention particulière pour l’acier et le ciment, réputés difficiles à verdir par la seule réduction des émissions.
Le Japon est cité comme l’une des premières destinations envisagées pour une nouvelle implantation, tandis qu’un premier client serait déjà identifié en Europe. MCI Carbon prépare en outre la construction d’une installation de bien plus grande envergure en Autriche, dont la capacité annoncée pourrait atteindre 50 000 tonnes de CO2 captées chaque année.
