L’Union européenne assouplit les règles sur le carbone

Bruxelles a entériné un affaiblissement notable de son système d’échange de quotas d’émissions, en pleine vague de chaleur meurtrière, au grand dam des défenseurs du climat.

La Commission européenne a officialisé, vendredi 17 juillet 2026, une refonte majeure de son système d’échange de quotas d’émissions (ETS), principal instrument de l’Union pour réduire les rejets de CO₂.

Mis en place en 2005 pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans l’UE, ce mécanisme de plafonnement et d’échange (« cap and trade ») repose sur un principe simple : fixer une limite globale aux émissions et laisser le marché déterminer le prix du carbone.

La réforme annoncée ouvre la voie à une prolongation des émissions industrielles bien au-delà de 2040 et introduit, à partir de 2038, la possibilité pour les entreprises de racheter des crédits carbone en dehors du territoire européen pour compenser leurs rejets.

Une mesure qui, mécaniquement, risque de faire baisser le prix du carbone et de réduire la pression exercée sur les plus gros pollueurs. L’exécutif européen affirme vouloir adopter, selon ses propres termes, une approche « plus favorable aux entreprises », en tenant compte des efforts de celles qui ont déjà investi dans la transition énergétique.

Une décision qui fragilise les objectifs climatiques de l’UE ?

« Si nous mettons en œuvre ce plan, cela représenterait littéralement des centaines de milliards d’investissements supplémentaires sur le sol européen », a déclaré le commissaire européen au climat, Wopke Hoekstra, cité par Reuters.

Il s’agit, selon lui, de concilier ambition climatique, compétitivité industrielle et sécurité énergétique. Mais pour ses critiques, cette rhétorique dissimule mal un recul politique.

Interrogé sur France 24, Venand Destots, de l’organisation de recherche Carbon Market Watch, estime que la Commission « a choisi d’affaiblir les politiques climatiques au moment précis où elle aurait dû les renforcer ».

Pour l’eurodéputé vert Michael Bloss, cette réforme permettrait l’émission de 1,4 gigatonne de CO₂ supplémentaires dans l’atmosphère, soit l’équivalent des rejets annuels combinés de l’Allemagne, de l’Italie et de la France. « C’est gigantesque », résume-t-il, alors que l’Europe enregistre parallèlement plus de dix mille morts liées aux vagues de chaleur estivales.

Lobbying intensif et blocages politiques

Derrière cette décision, Carbon Market Watch pointe une campagne de lobbying massive. Les secteurs chimique, pétrochimique et sidérurgique — avec des acteurs comme ArcelorMittal en France — auraient fortement pesé à Bruxelles pour s’opposer au maintien d’un prix du carbone élevé.

S’ajoutent à cela des groupes américains défendant l’agenda de l’administration Trump auprès des institutions européennes, ainsi que des élus relayant des positions climatosceptiques. Le contexte politique complique encore la donne.

Avec un Parlement européen légèrement plus orienté à droite qu’auparavant, la Commission semble avoir intégré, selon certains observateurs, la contrainte de ne pas « froisser l’extrême droite », au détriment de l’ambition climatique.

Michael Bloss réfute toutefois l’idée que ce recul serait inéluctable, rappelant l’existence d’une majorité de centre-gauche au Parlement et d’États membres progressistes — Espagne, pays nordiques, Pays-Bas, Allemagne, France — qui ont explicitement demandé le maintien du système jusqu’en 2035.

À l’inverse, l’Italie, la Pologne et une partie des pays d’Europe de l’Est freinent des quatre fers. Le vote au Parlement, attendu d’ici la fin de l’année, s’annonce particulièrement conflictuel, avec des négociations nocturnes dès la rentrée.

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