Le cétacé échoué depuis la fin mars sur la côte baltique allemande a finalement été relâché, au terme d’une opération de sauvetage spectaculaire qui, malgré son intention bienveillante, est loin de faire l’unanimité.
Elle nage désormais libre. Après plusieurs semaines de mobilisation intense qui ont tenu l’Allemagne en haleine, la baleine à bosse baptisée Timmy a finalement pris le large en mer du Nord, direction les côtes norvégiennes, samedi 2 mai.
La conclusion d’une véritable saga entamée dans la nuit du lundi 23 mars. Des clients d’un hôtel de Niendorf, sur les rives de la baie de Lübeck, au nord du pays, sont alors réveillés par de profonds gémissements venus du large.
Dépêchés sur place, les secours découvrent une scène saisissante : une baleine à bosse mâle d’environ dix mètres de long, pesant près de douze tonnes, emmêlée dans des filets de pêche et échouée sur un banc de sable.
L’animal, rapidement surnommé Timmy par les médias allemands — ou Hope, « espoir », en anglais — se retrouve piégé dans un environnement hostile. Selon les spécialistes, la mer Baltique, avec sa faible profondeur, sa salinité réduite, le manque de nourriture et un trafic maritime intense, constitue un piège mortel pour les grands cétacés.
Une nation suspendue au souffle d’une baleine
Après plusieurs semaines de tentatives infructueuses, les experts tirent la sonnette d’alarme. « Nous sommes convaincus que l’animal va mourir », alerte Burkard Baschek, l’un des scientifiques impliqués dans les opérations.
Les autorités allemandes redoutent alors que de nouveaux sauvetages ne produisent l’effet inverse. À leurs yeux, s’acharner davantage reviendrait à infliger des souffrances inutiles à un animal condamné.
La décision provoque un tollé. L’Allemagne se passionne pour le sort de Timmy comme rarement pour un animal sauvage. Sur les plages de Wismar, ville portuaire du nord, des militants organisent des rassemblements pour réclamer la poursuite des opérations.
Les réseaux sociaux s’enflamment. L’opinion se divise entre ceux qui jugent plus humain de laisser la baleine mourir en paix et ceux qui refusent de baisser les bras. Sous la pression, les autorités reviennent sur leur position et finissent par donner leur feu vert à une nouvelle tentative.
Une initiative privée à la rescousse
Karine Walter‑Momert, organisatrice réputée d’événements équestres, et Walter Guns, fondateur d’une grande chaîne allemande d’électronique, décident de financer une ultime opération : le transfert de Timmy sur une barge spécialement aménagée, afin de la conduire jusqu’en mer du Nord, un milieu bien plus adapté à l’espèce.
« Une opération de sauvetage de cette ampleur n’avait jamais été réalisée en Allemagne. C’était pour nous une première expérience, qui a été un succès, et tant mieux », s’est félicité après coup, le ministre régional de l’Environnement, cité par France 24.
La traversée en mer agitée a toutefois laissé des traces. À son arrivée en mer du Nord, Timmy présentait plusieurs blessures superficielles liées aux conditions du voyage, sans que cela ne compromette, selon certains observateurs, sa capacité à regagner son habitat naturel. Même si d’aucuns restent pessimistes quant à ses chances de survie.
« Il y a des vétérinaires spécialistes des baleines sauvages et des animaux en captivité qui auraient pu être davantage associés aux discussions, et eux n’auraient absolument pas recommandé ce type d’opération », estime une source scientifique, là encore citée par France 24.
