La startup britannique Baracal développe une technologie de refroidissement à état solide qui pourrait remplacer les compresseurs traditionnels et réduire drastiquement les émissions du secteur.
Et si la réfrigération se réinventait enfin ? Javier Moya, professeur de physique des matériaux à l’Université de Cambridge et fondateur de la startup Barocal, a mis au point un nouveau système de refroidissement reposant sur un réfrigérant à état solide.
Cette technologie ambitionne de remplacer les compresseurs à gaz traditionnels des réfrigérateurs et climatiseurs par une solution à faibles émissions et à haute efficacité énergétique
L’enjeu est d’autant plus crucial que le chauffage et le refroidissement représentent à eux seuls près de 50% de la consommation énergétique finale mondiale, et une part comparable des émissions associées, ce qui en fait un champ prioritaire pour la décarbonation.
Alors que la demande de climatisation explose sous l’effet du réchauffement climatique, notamment dans les régions tropicales et subtropicales, les technologies actuelles aggravent paradoxalement le problème qu’elles sont censées atténuer.
Une percée technologique trois fois plus efficace
Le principe développé par Barocal – qui se présente comme « au cœur de l’avenir du froid » – s’appuie sur le refroidissement barocalorique. Ainsi, plutôt que de comprimer un gaz pour pomper la chaleur, comme dans les systèmes classiques, la technologie utilise un matériau solide dont les propriétés thermiques se modifient sous l’effet de la pression.
Pour expliquer ce phénomène physique, Javier Moya recourt, dans les colonnes de TechCrunch, à une démonstration simple impliquant un ballon de baudruche dégonflé placé près des lèvres.
« Si vous l’étirez, il chauffe. Puis si vous attendez, lorsque vous le relâchez, il devient froid« , explique le chercheur. C’est ce type de cycle compression–relâchement que reproduisent les matériaux barocaloriques mis au point par Barocal, issus d’une famille de composés organiques proches de ceux utilisés dans les plastiques ou les peintures.
Au cœur de ces matériaux, des molécules libres de tourner jouent un rôle clé. Sous pression, leur rotation se bloque et le matériau libère de la chaleur ; lorsque la pression retombe, elles se remettent à tourner et absorbent à nouveau de l’énergie thermique, générant du froid dans un cycle inversé.
Une expansion internationale pour conquérir le marché
L’équipe de Cambridge a récemment franchi une étape décisive en démontrant pour la première fois le potentiel de cette technologie dans une conception véritablement évolutive et industrialisable. De quoi séduire les investisseurs.
D’après les informations transmises à TechCrucnh, le groupe vient de lever 10 millions de dollars grâce à la participation de World Fund, Breakthrough Energy Discovery, Cambridge Enterprise Ventures et IP Group.
La startup déploie une stratégie d’implantation internationale, avec un intérêt particulier pour l’Asie, où la demande en climatisation connaît une croissance exponentielle.
À Hong Kong et dans d’autres hubs régionaux, l’entreprise tisse des liens avec un écosystème varié de jeunes pousses, d’industriels, de fonds d’investissement et d’acteurs du secteur du froid, en visant d’abord des applications à forte valeur comme la réfrigération commerciale et le refroidissement de data centers.
