Entre amélioration de la qualité des eaux et retour d’espèces protégées, le plus long fleuve de Chine retrouve son prestige après avoir longtemps été sacrifié sur l’autel de l’industrialisation.
« La qualité de l’eau s’est nettement améliorée. Il y avait autrefois beaucoup d’objets flottants à la surface. Vous pouvez voir que la couleur de l’eau est différente maintenant. Elle est propre« .
Dans un reportage diffusé à la mi-2025 sur Al Jazeera, Daid Quay, agent chargé du nettoyage quotidien du Yangtsé à bord d’un bateau, exprime sa fierté de voir le fleuve s’éclaircir progressivement. Ce progrès ne constitue toutefois qu’un aspect parmi d’autres de la vaste campagne de protection engagée depuis 2016 pour restaurer ce cours d’eau vital.
Plus long fleuve d’Asie, il s’étend sur 6 300 kilomètres, depuis le plateau tibétain jusqu’aux eaux du Pacifique. Bien plus qu’un simple flux descendant, il incarne un mouvement continu qui façonne les paysages, creuse vallées et plaines, et conditionne l’implantation de la vie.
Son bassin couvre près d’un cinquième du territoire chinois, reliant zones montagneuses et régions côtières au sein d’un système géographique singulier. En outre, plus de 700 affluents alimentent ce réseau hydrographique, au cœur duquel vit près d’un tiers de la population du pays.
Des mesures concrètes
Cependant, l’urbanisation accélérée a profondément altéré cet écosystème fluvial. Jadis pauvre et peu développée, la région a connu une expansion économique fulgurante, portée par des industries lourdes qui ont longtemps déversé leurs rejets directement dans le fleuve.
Les autorités chinoises ont recensé plus de 400 000 usines chimiques, cinq grands complexes sidérurgiques et sept raffineries installés le long de ses rives, selon le ministère de la Protection de l’environnement.
Face à cette situation préoccupante, Pékin a lancé un vaste programme de restauration écologique. À Yichang, dans la province du Hubei, 134 sites chimiques ont ainsi été fermés, relocalisés ou reconvertis entre 2018 et 2023.
À Chongqing, une unité d’incinération traite chaque jour 4 500 tonnes de déchets tout en produisant de l’électricité. Parallèlement, un moratoire de dix ans sur la pêche commerciale a été instauré.
Pour des résultats tangibles
Résultat : les niveaux de pollution chimique ont fortement reculé, et la qualité de l’eau est passée de 82,3% à plus de 98% en une décennie, pour atteindre le deuxième niveau du système chinois de classification en cinq catégories, selon les autorités.
Dans le district de Wushan, la concentration annuelle moyenne de phosphore a diminué de 0,103 milligramme par litre en 2016 à 0,047 milligramme par litre. Par ailleurs, douze nouvelles espèces de poissons ont été identifiées au cours des vingt dernières années.
La population de marsouins aptères du Yangtsé, espèce menacée surnommée « panda géant de l’eau », est passée de cinq individus en 2015 à vingt-trois dans la zone de Yichang. Toutefois, la présence de quelque 400 millions de riverains, dont 31 millions dans la seule municipalité de Chongqing, continue de poser des défis majeurs pour la préservation durable du fleuve.
