France : des émissions en baisse, mais un budget carbone toujours dépassé

La France a réduit ses émissions de gaz à effet de serre plus rapidement qu’anticipé en 2024 et 2025, sans pour autant combler son retard sur ses propres objectifs climatiques. Parallèlement, les forêts et les sols, censés absorber le CO₂ résiduel, perdent dangereusement en efficacité.

Mieux que prévu, mais encore insuffisant. C’est ainsi que l’on peut résumer le bilan de la France en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2024 et 2025, selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA).

L’organisme mandaté par l’État pour la circonstance relève une baisse de 3% en 2024, contre une estimation initiale de 1,8%. En 2025, le recul atteint 2,1%, alors que les projections tablaient sur 1,5%.

Ces résultats pourraient sembler encourageants, mais le contexte global invite à la prudence. Ces données portent en effet sur les émissions brutes, c’est-à-dire hors puits de carbone, sans intégrer le CO₂ absorbé par les forêts et les sols. Surtout, ce rythme de diminution, même supérieur aux attentes, reste très éloigné des objectifs climatiques fixés par la France.

Un dépassement budgétaire de 17 millions de tonnes

La Stratégie nationale bas-carbone prévoyait un plafond de 342 millions de tonnes pour 2025. Or, les émissions ont atteint 359 millions de tonnes équivalent CO₂, toutes sources confondues.

Pour le CITEPA, ce dépassement de 17 millions de tonnes équivaut à plus de trois années d’émissions du transport aérien civil français. Par ailleurs, la trajectoire compatible avec les engagements à horizon 2030 nécessiterait une baisse annuelle comprise entre 5% et 6%. La France se situe aujourd’hui autour de 2%.

L’écart entre les ambitions affichées et la réalité demeure donc significatif, et tend même à se creuser. Si les tensions dans le détroit d’Ormuz peuvent laisser entrevoir une baisse ponctuelle des émissions — comme après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 —, un tel recul resterait conjoncturel.

Des forêts qui perdent leur rôle de puits

La situation des puits de carbone — ces écosystèmes naturels, en particulier les forêts et les sols, qui absorbent et stockent le CO₂ — n’est guère plus favorable, alors même qu’ils sont essentiels à l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Entre 2015 et 2023, les forêts françaises ont capté en moyenne 39 millions de tonnes de CO₂ par an, contre 63 millions entre 2005 et 2013, selon l’Institut géographique national (IGN).

En quinze ans, leur capacité d’absorption a ainsi reculé de 39%. En cause notamment : une hausse marquée de la mortalité des arbres, liée à des sécheresses plus fréquentes et plus intenses, mais aussi à des maladies et à des infestations de ravageurs comme les scolytes.

Dans l’est du pays en particulier, certains massifs sont désormais si dégradés qu’ils ont basculé du statut de puits à celui de source d’émissions, rejetant du carbone au lieu d’en stocker.

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