GIEC : survivre au désengagement américain pour préserver la science du climat

Alors que les États-Unis se sont retirés du processus intergouvernemental, son président, Jim Skea, met en avant dans un entretien accordé à Bloomberg, la résilience de l’institution. Il esquisse par ailleurs les grandes orientations du septième rapport d’évaluation, dont la publication est prévue entre 2028 et 2029.

À l’orée de son 40e anniversaire, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) voit les États-Unis, sous l’égide de Donald Trump, se retirer une nouvelle fois du processus. Une décision qui porte un coup à cet organisme onusien, dont les rapports d’évaluation détaillés constituent l’un des piliers des politiques climatiques mondiales.

Son président, Jim Skea se veut pourtant mesuré concernant les conséquences du désengagement américain. « Quelque 50 scientifiques des États-Unis participent encore au septième cycle d’évaluation, désignés par des organisations observatrices et soutenus par des fondations philanthropiques », souligne-t-il dans un entretien accordé au podcast Zero de Bloomberg, diffusé le 19 mars.

Selon lui, l’érosion de l’influence américaine au sein du GIEC précède la récente décision de l’administration Trump.

Un retrait aux conséquences mesurées

L’économiste britannique de l’énergie rappelle que si les États-Unis ont longtemps dominé la production scientifique alimentant les travaux du GIEC, cette part s’est réduite au fil du temps, au profit de deux nouveaux pôles majeurs.

Il y a d’abord la Chine, dont la contribution scientifique a crû de manière spectaculaire, et l’Union européenne, dont les programmes de financement de la recherche — notamment le programme Horizon, destiné à financer des projets scientifiques et technologiques dans de nombreux domaines  — ont considérablement élargi l’empreinte scientifique sur les questions climatiques.

« La richesse de la littérature serait diminuée si la contribution américaine disparaissait, mais ce ne serait pas la fin de l’histoire », tranche le successeur de la Sud-Coréenne Hoesung Lee.

Un agenda scientifique chargé

Plus préoccupantes, à en croire Jim Skea, sont les coupes budgétaires sévères affectant plusieurs grandes institutions scientifiques américaines — NCAR, NREL, Argonne National Laboratory, NASA — dont les répercussions sur le prochain rapport du GIEC restent encore floues, mais pourraient peser de manière plus durable sur les cycles futurs.

Car faut-il le rappeler, les États-Unis sont historiquement le plus grand contributeur financier du GIEC avec une part du budget global estimée à environ 25-30%, soit entre 2 et 5 millions de dollars.

Concernant le septième cycle d’évaluation, attendu à l’horizon 2028, Jim Skea évoque un rapport appelé à guider la réflexion dans un monde désormais engagé sur une trajectoire dépassant le seuil critique de +1,5 °C, pourtant clairement balisé par la science.

Comprendre comment le système terrestre réagirait à un tel dépassement — et à une éventuelle descente en deçà — constitue selon le président du GIEC, l’un des défis intellectuels et empiriques les plus vertigineux que la communauté scientifique ait jamais eu à relever.

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