Une étude menée en Chine révèle que les forêts plantées développent leur feuillage plus vite que les forêts naturelles, un avantage de croissance à court terme qui s’inverse toutefois sur le long terme.
Une forêt plantée par l’homme se comporte-t-elle comme une forêt naturelle, notamment en matière d’absorption du dioxyde de carbone ? Cette interrogation est au cœur d’une récente étude consacrée à la Chine.
Publiée fin mai dans la revue Geophysical Research Letters, elle s’intéresse à la « Grande Muraille verte », un projet d’envergure visant à freiner l’avancée des déserts de Gobi et du Taklamakan, et qui revendique la plantation de 66 milliards d’arbres depuis 1978.
Les chercheurs ont comparé la croissance des deux types de forêts à l’aide d’images satellites, en mesurant notamment la densité du feuillage.
« Les forêts plantées sont largement utilisées dans les stratégies d’atténuation climatique, mais la plupart des modèles globaux d’écosystèmes ne distinguent pas les types de forêts ni ne représentent correctement les dynamiques liées à l’âge », explique à Live Science Yuhang Luo, écologue du paysage à l’Université de Pékin à Shenzhen et auteur principal de l’étude.
Une croissance qui bouscule les modèles
« Nous avons donc estimé qu’il était important de clarifier la manière dont ces facteurs interagissent, non seulement pour la compréhension scientifique, mais aussi pour améliorer les modèles et les hypothèses qui sous-tendent les politiques forestières et la comptabilité carbone », ajoute-t-il.
Les résultats montrent que la surface foliaire des arbres plantés augmente 66% plus rapidement que celle des forêts naturelles. Cet écart s’explique en partie par l’âge des plantations, généralement plus jeunes et donc en phase de croissance rapide.
Cependant, même à âge comparable, les arbres issus de plantations conservent un avantage de 4,6%. Selon les chercheurs, cette différence tient principalement à l’intervention humaine.
Contrairement aux milieux naturels, où les arbres se disputent eau et lumière, les plantations — souvent composées d’essences à croissance rapide comme l’eucalyptus ou le peuplier — bénéficient d’un entretien régulier et d’apports en nutriments, limitant la concurrence.
Un avantage temporaire face à la résilience naturelle
Cet avantage reste toutefois limité dans le temps. L’étude indique que les arbres plantés atteignent leur pic de croissance entre 30 et 40 ans, avant de décliner. À l’inverse, les forêts naturelles affichent une progression plus lente, mais continue, leur conférant un avantage sur la durée.
« Les forêts plantées peuvent constituer un outil puissant à court terme pour l’absorption du carbone, mais cet avantage est temporaire. Pour le stockage du carbone à long terme et la résilience, les forêts naturelles restent irremplaçables », souligne Luo.
Ces conclusions pourraient influencer les politiques de reboisement à l’échelle mondiale, notamment pour des projets similaires en Afrique, comme la Grande Muraille verte sahélienne, où la question de la durabilité des plantations face aux écosystèmes existants reste débattue.
Kevin Dsouza, ancien chercheur postdoctoral à l’Université de Waterloo spécialisé dans les modèles de reboisement, apporte toutefois une nuance. Selon lui, se limiter à la densité du feuillage ne suffit pas à évaluer le stockage de carbone. « Le couvert végétal n’est qu’une partie de l’arbre, alors que le carbone est aussi stocké dans le bois, l’écorce, les racines et les sols », précise-t-il.
