Dans le parc national situé au sud-ouest du pays, un programme de conservation de la faune s’efforce, avec des moyens limités, de prendre en charge un éléphanteau de forêt recueilli après avoir été séparé de sa mère. Son histoire illustre la vulnérabilité d’une espèce menacée d’extinction.
À l’aube, dans le parc national d’Okomu, l’un des derniers grands massifs forestiers du Nigeria, Joshua Aribasoye prépare soigneusement un biberon de lait maternisé. Ce rituel quotidien, répété depuis plusieurs mois, est destiné à un jeune éléphant de forêt orphelin nommé Agbaibor.
Retrouvé fin 2025 après s’être éloigné de son groupe, cet éléphanteau âgé de quelques mois a été recueilli dans le cadre d’un programme de réhabilitation devenu indispensable. Une tentative de réintroduction dans son milieu naturel a en effet rapidement échoué, l’animal s’étant de nouveau isolé.
Plus vulnérables que leurs cousins de la savane en raison de facteurs multiples — perte d’habitat, braconnage ciblé ou encore discrétion naturelle —, les éléphants de forêt déclinent silencieusement au cœur des zones boisées. La région d’Okomu, située dans l’État d’Edo, au sud-ouest du Nigeria, illustre pleinement cette fragilité.
Une population en net recul
Ce qui était autrefois une vaste forêt abritant une population importante s’est transformé en un ensemble morcelé sous la pression des activités humaines.
Les individus encore présents y sont particulièrement exposés, au point que leur survie à long terme dans cette zone — l’un des derniers bastions de forêt tropicale humide du pays — dépend désormais de mesures de protection renforcées et de la restauration des corridors écologiques.
Des écologistes cités par l’AFP estiment d’ailleurs qu’il ne resterait qu’environ 200 éléphants de forêt au Nigeria, dont une quarantaine autour d’Okomu. La réserve forestière, autrefois étendue sur 1 081 km², s’est considérablement réduite au fil des décennies.
Autrement dit, près d’un cinquième de la population nationale se concentre dans cette aire, ce qui confère à sa préservation une importance stratégique. Pour Peter Abanyam, responsable du projet African Nature Investors (ANI), il s’agit d’« un nombre considérable » qu’« il faut protéger à tout prix ».
Un sanctuaire crucial pour une espèce menacée
Depuis 2022, l’organisation a conclu un partenariat de 30 ans avec le Service national des parcs pour gérer le parc d’Okomu, ainsi qu’un accord de 50 ans avec l’État d’Edo pour la cogestion des réserves forestières voisines (Gilli-Gilli et la partie sud d’Okomu), portant la surface totale concernée à près de 1 000 km².
L’objectif est de reconnecter les habitats fragmentés et de préserver cet écosystème unique. Cela passe notamment par l’accompagnement d’Agbaibor — nommé d’après son sauveteur — afin de le réhabituer progressivement à son environnement naturel, en vue d’une future remise en liberté.
« Nous devons être comme une mère pour lui », confie Joshua Aribasoye, heureux de voir le jeune pachyderme évoluer. Parallèlement, ANI forme des gardes forestiers pour protéger ce qui subsiste de la forêt, à l’image de Godstime Christopher, 26 ans, ancien exploitant illégal de bois reconverti.
« Quand je suis devenu garde forestier, je pensais utiliser cela pour exploiter le bois. Mais la formation a changé notre mentalité », avoue-t-il à l’AFP.
