La technologie pourrait jouer un rôle déterminant dans la cartographie du monde végétal, à l’heure où des millions d’espèces sont menacées de disparition avant même que leurs propriétés ne soient identifiées.
Compter les fleurs d’un herbier centenaire, mesurer la longueur d’une feuille, repérer des variations morphologiques imperceptibles à l’œil nu entre des milliers de spécimens répartis à travers le monde, le tout en quelques secondes.
Telles sont autant de perspectives offertes par l’intelligence artificielle à la botanique, selon le sixième rapport State of the World’s Plants and Fungi des Royal Botanic Gardens de Kew, présenté comme une étape majeure dix ans après la première édition.
Issu du travail de plus de 400 spécialistes issus de 170 institutions réparties dans 40 pays, ce document publié le 16 juin constitue l’une des initiatives collaboratives les plus ambitieuses du domaine. Il met en lumière l’apport des technologies face à l’érosion de la biodiversité végétale et fongique.
D’après ses auteurs, près de 29 748 espèces végétales et 411 espèces de champignons sont aujourd’hui classées comme menacées d’extinction. Pourtant, seules 18% des plantes connues et moins de 1% des champignons ont fait l’objet d’une évaluation formelle de leur niveau de risque.
Kew numérise l’histoire du vivant
On estime par ailleurs à environ 100 000 le nombre d’espèces végétales encore inconnues, et à plus de 2 millions celles de champignons restant à décrire. Face à cet enjeu, les Royal Botanic Gardens de Kew ont entrepris de numériser plus de 7 millions de spécimens, désormais accessibles en ligne.
Cette mise à disposition transforme les pratiques de recherche. Car il n’est plus nécessaire de se rendre sur place à Londres ni de solliciter l’envoi physique des collections, comme c’était auparavant le cas.
Comme l’explique la botaniste Sarah Phillips, responsable du projet, « durant ces quatre années, chaque armoire et chaque boîte ont été ouvertes ». Les images capturent non seulement les échantillons pressés et séchés, mais aussi les étiquettes, qui renseignent des données essentielles telles que le lieu, la date et l’identité du collecteur.
L’IA met au jour un signal climatique
L’un des résultats les plus marquants issus de cette convergence entre science et technologie concerne le changement climatique. L’analyse des spécimens numérisés montre en effet que les périodes de floraison ont avancé en moyenne de 2,5 jours par décennie au cours du siècle dernier.
Un tel signal n’a pu émerger que grâce à l’agrégation de millions de données couvrant plus d’un siècle. Les chercheurs alertent sur une désynchronisation des écosystèmes. Lorsque les plantes fleurissent en décalage, leurs pollinisateurs peuvent ne plus être présents, compromettant leur reproduction.
Par ailleurs, des équipes de la Millennium Seed Bank de Kew et du Morton Arboretum, aux États-Unis, ont démontré que les informations associées à la collecte des graines permettent d’estimer la diversité génétique conservée dans les banques. Ces données offrent ainsi des outils précieux pour orienter les stratégies de restauration des habitats et de réintroduction des espèces menacées.
