Climat : la France patine

Les émissions françaises ne baissent que de 1,6% en 2025, trois fois moins que l’objectif attendu. Un retard aggravé entre autres par l’effondrement du puits de carbone forestier.

Faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide lorsqu’on évalue le bilan carbone de la France en 2025 ? D’après le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions nationales de gaz à effet de serre ont reculé d’environ 5,8 millions de tonnes par rapport à l’année précédente, soit une baisse globale inférieure à 1,6%.

Cette amélioration reste néanmoins loin des ambitions climatiques globales, qui visent la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour respecter cette trajectoire, il faudrait réduire les rejets annuels de 4,6%, presque trois fois plus que le rythme actuel, selon le Citepa.

La troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3), dévoilée par le gouvernement en décembre et devant encore être entérinée par décret au printemps, fixe même un objectif plus exigeant : une baisse moyenne de 5% par an d’ici 2030.

Des secteurs à la traîne, des reculs conjoncturels

L’analyse sectorielle met en évidence une stagnation préoccupante. Entre janvier 2024 et septembre 2025, les courbes d’émissions demeurent quasiment inchangées, signe que peu de filières parviennent à infléchir leur trajectoire.

Le transport, premier contributeur aux émissions françaises et censé porter l’essentiel des efforts, ne décolle pas. Ses rejets stagnent, traduisant la lenteur de la transition vers des mobilités bas-carbone.

L’industrie affiche une baisse de 3,4% en 2025, mais cette amélioration tient surtout au ralentissement marqué de l’activité dans des branches clés comme la chimie, le ciment ou la métallurgie. Autrement dit, moins produire ne signifie pas produire plus propre. L’agriculture illustre le même phénomène.

L’effondrement du puits de carbone forestier

Avec une baisse de 1,8% de ses émissions, il approche presque sa cible de 2%. Mais là encore, ce résultat s’explique principalement par une réduction du cheptel bovin, et non par une transformation des pratiques agricoles vers des modèles moins émetteurs.

Au-delà des émissions directes, la France fait face à un problème encore plus structurel : l’affaiblissement de sa capacité naturelle à absorber le CO2. En effet, son puits de carbone s’effondre. Les forêts françaises, autrefois alliées précieuses dans la lutte contre le réchauffement climatique, sont aujourd’hui de plus en plus fragilisées.

Les incendies à répétition, les coupes de bois intensives, le réchauffement climatique lui-même et la prolifération de parasites mettent à mal leur capacité à capter le carbone. Ainsi, entre 2000 et 2010, la forêt française captait 47 millions de tonnes équivalentes CO2 par an.

Depuis 2010, cette capacité s’est effondrée à seulement 38 millions de tonnes par an, soit une perte de près de 20%. De quoi mettre à mal la stratégie de réduction nette de gaz à effet de serre.

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