Un navire du groupe Total, compagnie pétrolière française.

Neutralité carbone : les compagnies pétrolières européennes doivent mieux faire

 

Plusieurs compagnies pétrolières européennes ont promis la neutralité carbone d’ici 2050 ou avant. Si ces engagements vont dans le bons sens, ils restent très incomplets, selon des spécialistes et des associations de défense de l’environnement. D’où le besoin d’agir pour ne pas que ces objectifs deviennent simplement du greenwashing.

Ces derniers mois, les majors européens du pétrole ont multiplié les promesses pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ou avant. Parmi eux le britannique BP, l’espagnol Repsol, l’anglo-néerlandais Shell ou encore dernièrement le français Total. Selon Marc-Antoine Eyl-Mazzega, de l’Institut français des relations internationales (Ifri), « Il y a un peu une course à l’échalote pour faire bonne figure et être exemplaire par rapport aux demandes sociétales, à la réalité de l’urgence climatique et aux demandes formulées par un certain nombre d’investisseurs et d’actionnaires ».

Les pétroliers comme des marchands d’armes

Chacun y va de sa stratégie, mais globalement les promesses portent d’abord sur les émissions de leurs propres opérations. Les compagnies pétrolières se montrent ainsi moins ambitieuses lorsqu’il s’agit de prendre en compte le pétrole brûlé par le consommateur final (les automobiles, les avions ou l’industrie) qui représente la majorité des émissions liées au secteur. « Les entreprises considèrent en général l’empreinte carbone dans la production, pas dans la consommation ni plus généralement le long du cycle de vie du produit », regrette Stefan Ambec, qui dirige le Centre énergie et climat de la Toulouse school of economics (TSE). Pour lui, « Les pétroliers sont comme les marchands d’armes qui ne sont pas responsables de leur utilisation lors des guerres ».

Des engagements qui ne concernent que l’Europe

Certaines entreprises comme Total promettent la neutralité sur un périmètre. Le géant pétrolier français se cantonne en Europe avec « scope 3 ». « Une aberration alors que le développement de ses activités se fera à l’avenir principalement hors d’Europe », ont jugé Greenpeace et Reclaim Finance. « La problématique de la décarbonation du +scope 3+, donc de l’utilisation des hydrocarbures produites, est très difficile parce qu’elle remet en cause les investissements qui sont faits dans l’amont (exploration et production), à moins d’avoir des stratégies de compensation massive des émissions », ajoute M. Eyl-Mazzega.

Il faudra notamment compenser les émissions par des absorptions de gaz à effet de serre via des « puits de carbone » comme les forêts ou les systèmes de capture et de séquestration du CO2 (dits CCS en anglais).

« Les majors américains ne font rien rien face au changement climatique »

Aussi imparfaits soient-ils, les engagements des entreprises européennes constituent déjà une avancée. Ailleurs, les compagnies ne parlent même pas de neutralité carbone. « Les majors américains ne font rien ou pratiquement rien face au changement climatique; elles sont dans la même stratégie que l’industrie du tabac », observe M. Eyl-Mazzega. « La pression est plus forte en Europe », explique M. Ambec, aussi bien de la part des consommateurs, investisseurs ou salariés que des régulateurs.

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