Le couloir vert Kivu-Kinshasa miné par les concessions pétrolières et minières

Présentée comme la plus vaste réserve forestière tropicale protégée au monde, l’initiative congolaise voit son ambition écologique de plus en plus mise à mal par des projets jugés climaticides, selon Greenpeace Afrique.

C’est un signal d’alerte lancé par Greenpeace Afrique le 27 juillet dernier concernant le couloir vert Kivu-Kinshasa, une initiative de conservation et de développement durable créée par décret présidentiel en janvier 2025 en République démocratique du Congo (RDC).

D’une superficie de plus de 544 000 km² — soit environ l’équivalent de la France —, cet espace, qui relie comme son nom l’indique la capitale aux provinces du Nord et du Sud-Kivu, dans l’est du pays, vise notamment à préserver le bassin du Congo, deuxième massif forestier mondial après l’Amazonie.

Le projet est ainsi présenté par les autorités de Kinshasa comme la plus vaste réserve forestière tropicale protégée au monde. Mais cet argument, régulièrement mis en avant sur la scène internationale pour valoriser l’engagement environnemental du pays, résiste difficilement à l’examen des faits.

Selon Greenpeace, derrière ce discours de protection — qui a notamment permis de mobiliser déjà 100 millions de dollars de financements internationaux — se profile l’attribution de permis pétroliers et miniers sur une large partie de la zone censée être sanctuarisée.

Un projet fragilisé par l’attrait des hydrocarbures

L’ONG souligne, dans sa note d’orientation, qu’au moment même de la création du corridor, de nouveaux blocs pétroliers ont été attribués, couvrant plus de 70% de sa superficie.

En croisant les données relatives aux blocs pétroliers avec celles des concessions minières, Greenpeace estime que la quasi-totalité du territoire se retrouve exposée à des activités extractives potentielles.

L’organisation alerte également sur les permis miniers situés à l’est du corridor, qui couvrent 23% de sa surface et menacent directement les écosystèmes, notamment la réserve de faune à okapis, ainsi que les communautés locales.

Appel à un « choix critique »

« La RDC est confrontée à un choix historique. Soit le corridor vert devient une référence mondiale en matière de conservation fondée sur les droits, soit il risque de devenir le symbole de la contradiction entre les engagements climatiques et l’expansion extractive », affirme Bonaventure Bondo, chargé de campagne forêts chez Greenpeace Afrique.

Il appelle « les décideurs, les partenaires au développement, les institutions financières et les investisseurs à faire preuve de cohérence et à placer la protection des populations et de la nature au premier plan ».

Cela passe, selon l’ONG, par l’adoption d’un moratoire sur les nouveaux projets pétroliers, gaziers et miniers dans la zone. Elle invite également les autorités à définir et publier des critères clairs d’exclusion afin de garantir que les financements publics et privés ne soient pas orientés vers des activités extractives au sein du corridor.

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