Des chercheurs de l’Université Cornell ont mis au jour l’une des plus grandes colonies d’abeilles sauvages jamais documentées au monde.
C’est une découverte que les scientifiques eux-mêmes peinent encore à intégrer. Sous les allées tranquilles du cimetière East Lawn d’Ithaca, dans l’État de New York, des chercheurs de Cornell University ont mis au jour l’une des plus grandes agrégations d’abeilles jamais documentées sur la planète.
En seulement six semaines de terrain en 2023 – du 30 mars au 16 mai –, l’équipe dirigée par Bryan Danforth, professeur d’entomologie et auteur principal de l’étude, a estimé qu’une surface d’à peine 6 500 mètres carrés abritait près de 5,56 millions d’abeilles vivant sous terre.
Un chiffre qui défie l’entendement. « J’ai été complètement abasourdi quand nous avons effectué les calculs, a confié le chercheur, cité par Scientific American. J’avais lu des estimations d’agrégations dans les centaines de milliers, mais je n’aurais jamais imaginé atteindre 5,56 millions d’abeilles. »
L’espèce concernée, Andrena regularis, n’est pourtant pas inconnue des scientifiques. Sa présence dans ce cimetière est signalée depuis au moins 1935. Mais pendant des décennies, l’ampleur réelle de cette population est restée insoupçonnée.
Une espèce très répandue aux États-Unis
Contrairement aux abeilles domestiques, que le grand public associe aux ruches et aux colonies organisées, Andrena regularis appartient au groupe des abeilles solitaires terricoles, qui représente près de 70% des espèces recensées aux États-Unis.
Chaque femelle creuse son propre terrier dans le sol afin d’y déposer et protéger ses œufs, sans aucune organisation collective. Ce mode de vie discret explique en partie pourquoi de telles concentrations, pourtant considérables, sont longtemps passées inaperçues.
Pour mesurer l’ampleur du phénomène : une ruche d’abeilles domestiques compte en moyenne 30 000 individus. Le site d’Ithaca équivaut donc à plus de 185 colonies regroupées sur une surface très réduite.
Les cimetières, sentinelles silencieuses de la biodiversité urbaine
Cette découverte publiée le 13 avril dans le Journal of Apiculture, ouvre un débat plus large sur le rôle écologique des espaces urbains non intensifiés. Les cimetières, en particulier, apparaissent ainsi comme des sanctuaires de biodiversité insoupçonnés.
Contrairement aux jardins résidentiels ou aux zones agricoles, ils échappent largement aux traitements chimiques intensifs et aux aménagements fréquents. Leurs sols, peu perturbés sur le long terme, offrent aux abeilles terricoles des conditions idéales pour s’installer durablement, génération après génération.
« Si nous ne préservons pas les sites de nidification et que quelqu’un les recouvre de bitume, nous pourrions perdre en un instant 5,5 millions d’abeilles qui sont d’importants pollinisateurs« , souligne Bryn Danforth dans le Cornell Chronicle.
Les pelouses industrielles, les zones bétonnées et les monocultures agricoles sont autant d’environnements hostiles pour ces espèces qui ne peuvent survivre que là où le sol reste vivant et accessible.
