Le Cachemire s’assèche

Un rapport alerte sur la disparition ou le rétrécissement des plans d’eau du Jammu-et-Cachemire. Ce qui expose la région à une catastrophe écologique sans précédent.

Selon le rapport récemment publié du Contrôleur et Auditeur Général de l’Inde (CAG) — la plus haute autorité en matière de contrôle des finances publiques et d’audit institutionnel —, près de 74% des 697 lacs et zones humides recensées sur le territoire de l’Union du Jammu-et-Cachemire ont, à ce jour, soit complètement disparu, soit perdu une part substantielle de leur superficie.

Le bilan détaillé révèle que 315 plans d’eau se sont entièrement volatilisés de la carte, tandis que 203 autres sont en voie de disparition avancée. Pire, 63 lacs supplémentaires ont déjà perdu plus de la moitié de leur étendue initiale, compromettant gravement leurs chances de survie.

À l’origine de ce désastre, figurent selon le CAG, l’urbanisation galopante, les empiétements illégaux sur les rives et les berges, la mauvaise gestion des ressources naturelles et l’absence quasi totale d’une politique de conservation durable.

Au-delà de cette pression anthropique, aggravée par les carences structurelles de l’État, le rapport dénonce une profonde désorganisation institutionnelle. La faible coordination entre les départements concernés — finances, forêts, agriculture — a ainsi empêché toute mise en œuvre cohérente d’une stratégie intégrée de protection de ces habitats fragiles.

Des conséquences catastrophiques déjà palpables

Chaque administration a jusqu’ici géré son périmètre en vase clos, sans vision globale ni mécanisme de concertation. Ce cloisonnement a favorisé une fragmentation des politiques publiques, accélérant la dégradation sans qu’aucune action collective ne soit engagée à la mesure de la crise.

Le document établit par ailleurs un lien direct entre la disparition progressive des zones humides — essentielles pour absorber les excès de précipitations pendant la mousson — et les inondations dévastatrices de septembre 2014, qui avaient ravagé la région, faisant des centaines de victimes.

La situation apparaît d’autant plus préoccupante que les mesures entreprises jusqu’ici par les autorités, selon le CAG, demeurent largement insuffisantes et réparties de manière inégale. Ainsi, les rares efforts de restauration se sont concentrés sur quelques lacs emblématiques, notamment le Dal et le Wular, dont la notoriété touristique et nationale a justifié des investissements publics considérables.

Des efforts de conservation à géométrie variable

À l’inverse, des centaines d’autres plans d’eau, plus discrets, mais tout aussi essentiels pour l’équilibre écologique, ont été négligés, privés de suivi régulier, de cadre réglementaire adéquat et de financement pérenne.

Cette approche inégale révèle une gouvernance davantage guidée par l’image que par une véritable efficacité environnementale. « Nous devons être plus conscients des dommages que nous infligeons à notre environnement », a réagi le ministre en chef Omar Abdullah, ajoutant que la responsabilité ne saurait incomber au seul gouvernement.

Il appelle les habitants du Jammu-et-Cachemire à réfléchir au territoire qu’ils souhaitent transmettre aux générations futures et exhorte à renoncer à l’usage du plastique à usage unique.

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