Comment l’Arabie saoudite a infiltré le GIEC

Plusieurs membres du groupe de travail de l’organisme de référence en matière de science du climat sont étroitement liés au royaume saoudien — l’un des principaux émetteurs mondiaux de CO₂ — ou à sa principale compagnie pétrolière, selon une enquête internationale.

Révéré pour la qualité de ses travaux, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations unies (GIEC) pourrait bien être noyauté par certains des plus grands responsables des émissions de gaz à effet de serre.

C’est ce qu’indique une enquête du Guardian, publiée en collaboration avec plusieurs médias internationaux, dont L’Humanité en France, Lucy sui mondi en Italie, Visão au Portugal et Nano (3Sat) en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

Selon les auteurs, parmi les 223 membres du groupe de travail III du GIEC — chargé d’étudier les moyens de réduire les émissions de dioxyde de carbone —, une vingtaine de noms soulèvent des interrogations.

Pour cause : ils entretiennent des liens avérés avec l’industrie pétrolière, notamment en Arabie saoudite, classée au 8e rang mondial des émissions annuelles de CO₂ en 2024, avec environ 653 millions de tonnes rejetées, soit près de 1,6% du total mondial, d’après la plateforme bénévole et indépendante Worldometer.

Aramco en première ligne

La compagnie Saudi Aramco, historiquement la plus grande émettrice mondiale, emploie deux de ces experts. Le même groupe de travail compte par ailleurs cinq auteurs issus d’un groupe de réflexion financé par le gouvernement et présidé par le ministre saoudien de l’Énergie.

Le cas de Mustafa Babiker illustre le conflit d’intérêts qui transparaît dans cette situation. Employé depuis vingt ans par Aramco, il a été nommé l’année dernière auteur principal coordonnateur du septième rapport d’évaluation du GIEC, actuellement en préparation.

De quoi hérisser les défenseurs et autres militants du climat. Julia Steinberger, qui travaille également pour l’organisme onusien, s’en est notamment dite stupéfaite. Selon des propos rapportés par le Guardian, elle s’est demandé si cette situation ne constituait pas un conflit d’intérêts.

Un cadre défaillant sur les conflits d’intérêts

Babiker lui a toutefois répondu qu’il n’y avait aucun problème, son rôle chez Aramco ayant été déclaré. « Cela ne m’a pas semblé être une très bonne réponse », avait rétorqué Steinberger. Une réaction symptomatique de la cécité du GIEC sur ce sujet.

Cette situation contrevient en effet clairement au cadre de l’organisme relatif aux conflits d’intérêts, sur lequel repose pourtant la crédibilité de ses travaux. Un dispositif manifestement inadapté, estiment plusieurs experts interrogés par le journal britannique.

« Il est essentiel que les travaux du GIEC ne soient compromis par aucun conflit d’intérêts de la part de ceux qui les exécutent », affirme Tzeporah Berman, fondatrice et présidente de la Fossil Fuel Treaty Initiative, alors que le GIEC se défend de toute partialité.

L’organisme assure qu’aucun auteur, institution, secteur ou pays ne détermine seul les conclusions d’un rapport. Il précise que celles-ci sont élaborées collectivement par de vastes équipes internationales aux profils scientifiques diversifiés.

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