L’organisation environnementale est déclarée responsable par la justice d’avoir causé des dommages il y a quelques années, lors des protestations contre un oléoduc dans le Dakota du Nord.
Greenpeace sommée de passer à la caisse. Et l’ardoise est pour le moins salée. L’organisation de défense de l’environnement a été condamnée mercredi 19 mars 2025, à verser plus de 660 millions de dollars de dommages et intérêts à Energy Transfer, le géant texan des oléoducs.
Une somme largement au-delà des 300 millions de dollars initialement réclamés par l’accusation à cause de l’implication présumée de Greenpeace dans des manifestations ayant entravé le Dakota Access Pipeline (DAPL), un oléoduc souterrain de 1 886 km de long traversant la région de Bakken dans le Dakota du Nord jusqu’à Patoka en Illinois et au-delà.
Le projet annoncé en juin 2014 a fait l’objet d’une forte opposition de la part de la communauté autochtone du Dakota du Nord, autrement connue comme la tribu Sioux de Standing Rock, entre 2016 et 2017.
Pendant plusieurs mois, des milliers de manifestants s’étaient rassemblés dans des campements, affirmant que l’oléoduc souillerait leurs terres sacrées et menacerait l’approvisionnement local en eau.
Des accusations accablantes
Mais les protestations ont parfois généré en violence. D’où le verdict du procès débuté fin février. Le jury de neuf personnes du tribunal du comté de Morton à Mandan près du lieu des manifestations a estimé que Greenpeace s’était rendue coupable d’intrusion, de diffamation et de conspiration, entre autres infractions.
L’organisation pro-climat est accusée d’avoir formé des personnes aux tactiques de protestation, déployé son camion à panneaux solaires « rolling sunlight » pour fournir de l’électricité, et offert des fonds et d’autres fournitures aux manifestants.
Autant d’accusations rejetées par le groupe activiste environnemental, maintenant notamment que sa seule implication était d’avoir signé une lettre d’opposition au pipeline adressée aux banques.
Pour l’association écologiste internationale qui avait déjà prévenu que la somme réclamée par Energy Transfer pourrait mettre fin à ses opérations sur le territoire américain, il s’agit ni plus ni moins d’une action judiciaire punitive.
La liberté d’expression en questions
L’ONG pointe une « poursuite stratégique contre la participation publique » (SLAPP), terme désignant des procès destinés à entraver la liberté d’expression en augmentant le risque de batailles juridiques coûteuses.
Martin Garbus, éminent avocat spécialiste du Premier Amendement cité par le New York Times (NYT), a qualifié le verdict de « pire décision que j’aie jamais vue concernant le Premier Amendement ».
Il a exprimé son inquiétude qu’un appel porté devant la Cour suprême puisse être utilisé pour annuler des décennies de jurisprudence concernant les protections de la liberté d’expression.
« La manifestation pacifique est un droit américain inhérent, mais la manifestation violente et destructrice est illégale et inacceptable« , a rétorqué Trey Cox, l’avocat principal d’Energy Transfer, d’après le NYT, lors des plaidoiries.